Made in India
Un retour presque parfait
Minuit, on arrive à l’aéroport international de Chennai. C’est bon, on est en avance. L’avion ne décolle qu’à 2H45. On a presque 3 heures devant nous, ça devrait suffire…Pas sûr ?
1 heure d’attente pour passer le premier contrôle. Notre avion part pour New York via Paris, du coup, « psychose attentat oblige », tous les passagers sont interrogés un par un, par la police. 200 passagers un par un, évidemment, ça prend du temps, surtout si quelques uns ne parlent ni hindi, ni tamoul. Heureusement, nous ne sommes que 5 ou 6 dans ce cas là. Arrive mon tour, un premier agent de police s’avance vers moi et commence à me poser des questions en hindi. Sa collègue voyant ma mine déconfite, l’écarte du bras genre « laisse moi faire, je maîtrise l’anglais ». Elle me pose deux, trois questions, je devine ce qu’elle me dit et ça marche, visiblement, je réponds ce qu’elle attend. Puis, elle me demande :
« Veine and verre ?
- euh…yes.
- no, veine and verre ?
- Euh…no…perhaps…
- No, Veine and verre your lugage ! (elle commence à s’énerver)
- euh…I don’t know.
- What? But VEINE and WERRE ! ( là, c’est toutes les personnes derrière moi qui me fusillent du regard) »
Isa qui me précède connaît déjà toutes les réponses ; elle me souffle « Quand et où as-tu fait ta valise ? »
« Ah…when and where, I understand… »
Je lui réponds, elle apprécie moyen ma prononciation. Ce petit incident me chagrine, tous ses efforts depuis le collège pour apprendre l’anglais.
« Where is Bryan ? Brian is in the kitchen.
Is he in the kitchen ?
Yes, he is. »
Tout ça pour se rendre compte que les autres n’ont pas le même anglais que moi !
Demi-heure d’attente pour enregistrer les bagages puis demi-heure de plus, pour passer le contrôle des douanes, je commence à avoir les pieds qui enflent à force d’être debout. On se dirige vers la porte d’embarquement et l’on voit se dresser devant nous un troisième contrôle de sécurité. Mon bagage à main passe aux rayons X. A la sortie, le douanier l’attrape et l’ouvre. Il cherche quelque chose. Ça y est, je suis foutue ! Ils vont découvrir un truc et je vais finir au fond d’une geôle. Ils retrouvent l’objet du délit : un briquet ! Le terroriste est démasqué. Si j’avais su, je l’aurai laissé à Yves, lui qui fait que piquer les allumettes secrètement cachées par Florence.
Après tout ça, il nous reste plus que 30 minutes pour embarquer. 2H45- on est enfin installées, prêtes à décoller, prêtes à dormir. Je ne vois même pas le décollage, je dors. Je dors jusqu’à je ne sois plus assez fatiguée pour pouvoir dormir dans n’importe qu’elle posture inconfortable au possible. Dormir, pipi, écrire, manger, pipi, dormir, manger, pipi…le voyage est plus rapide qu’à aller, pourtant il dure 1 heure de plus.
12H57 – heure de Pondy, 9H25, à Paris, on commence à descendre vers la capitale…Atterrissage en douceur et à l’heure. On prend le temps de sortir de l’avion, manière de prolonger encore un peu le voyage, de croire encore qu’on est en Inde. Puis on prend la navette pour aller rejoindre le terminal 2 E où nos bagages nous attendent. Pour patienter, ils doivent déjà en train de faire quelques tours de manège. Dans la navette, il y a un groupe de jeunes ados indiens venus faire un séjour à Paris. Ils sont émerveillés par tout ce qui les entoure, un peu comme moi, quand j’étais chez eux. J’imagine le choc quand ils vont devoir emprunter le RER ou le métro. L’un d’eux poussé par ses copains s’avance vers Isa. Il prend une grande inspiration et s’élance : « Kè leurrr yilé si vous pai ? » Isa ne comprend pas, elle cherche à quoi cela pourrait-il correspondre en anglais, sauf qu’il essaie de parler en français. Elle lui fait signe genre, je n’ai pas compris. Il repart honteux vers ces copains. Je percute enfin et lui donne l’heure, mais je ne suis pas sûre qu’il ait compris la réponse.
On débarque les dernières au terminal 2 E. Il reste encore quelques bagages qui tournent sur le tapis roulant. J’attrape le mien et le hisse sur un chariot. On passe le contrôle des douanes françaises sans problème. On quitte le terminal pour se diriger vers la gare RER. On a le temps alors première chose, allons nous débarbouiller. Je me lave les mains, le visage et je cherche ma serviette de toilette que j’avais préparé par précaution sur le dessus de mon sac. Je l’ouvre et je sors des habits étranges, un pantalon, un tee-shirt mais pas de serviettes. Bien sûr je râle :
" Ils ont encore ouvert mon sac. Regarde Isa, y a même des affaires qui ne sont pas à moi !
- Génial ! tu vas même ramener des cadeaux en plus, me dit Isa, tout aussi futée que moi ! »
J’observe attentivement le sac, regarde l’étiquette et là, je m’aperçois que ce n’est pas mon sac. C’est exactement le même, mais ce n’est pas le mien ! Panique ! Je prends de suite mon portable et j’appelle le numéro inscrit sur l’étiquette : un répondeur, je laisse un message. Que faire ? Où aller ? Où attendre ? A qui s’adresser ? La fille à qui appartient ce sac habite en région parisienne, c’est une chance, non ? Elle aurait pu filer prendre un TGV pour Dunkerque ?
Faut attendre qu’elle rappelle. Attendre, toujours attendre. Il est déjà 11H et j’en ai marre. 11H30, je boue, allons vers la gare RER, d’ici là, elle va m’appeler ! Et, c’est parti pour une première de l’immense terminal 2 E et son interminable couloir. Moi qui avais savamment calculé le poids à répartir sur mes épaules, je me retrouve avec un énorme sac d’une tonne au moins. Une horreur, même avec le petit chariot !
12H, étant donné le repas frugal offert par Delta Airlines, j’ai une fringale incroyable ! Mangeons, ça nous occupera un moment. 5€ un sandwich et une mini bouteille d’eau, c’est sûr, on n’est plus en Inde !
On attend...génial !
12H30, je change de stratégie : anticipation à retardement. Je reviens au terminal 2 E, sans les bagages, trop encombrants, pour porter réclamation au service des bagages Air France. Et c’est parti pour les escalators, les tapis roulants, l’ascenseur, et la marche…Le couloir doit mesurer dans les 1500mètres, je vous jure ! Arrivée là-bas, il me faut repasser la douane, en expliquant honteusement mon problème. J’en vois un qui ricane. Attention, je t’ai à l’œil !
L’hôtesse m’accueille de suite, écoute attentivement mon histoire et me demande :
« Où est-le sac ? »
Retour à la gare : les escalators, l’ascenseur, les tapis et la marche. Entre temps, pas d’appel. Je reviens, repasse à nouveau la douane qui se pouffe. Je leur jette un regard noir ! J’arrive devant le comptoir Air France, l’hôtesse n’est plus là. Elle est partie faire sa pause ! Alors…
J’attends…j’attends… (S'il y a bien une chose que l'Inde vous apprend, c'est la patience!)
Soudain, le téléphone sonne : c’est la propriétaire du sac. Elle veut qu’on se retrouve pour procéder à l’échange. Je me méfie et fais part de mon mécontentement. Après tout, c’est elle qui s’est trompée et qui a pris le sac le mieux rangé ! Aussitôt elle me passe son copain qui commence sèchement à me dire que je pourrai faire un effort et venir les rejoindre car ils ont la flemme de revenir à Roissy. Et MOI, TU CROIS QUOI ? Que je m’y éclate depuis 4 heures ! Et puis, pourquoi je leur ferai confiance et si c’était un traquenard ! Il s énerve encore plus. Entre temps, l’hôtesse réapparaît. Alors, en douce, je fais comme si je ne la voyais pas car elle veut me reprendre le sac qui n’est pas le mien. Je m’éclipse. Je repasse pour la quatrième fois la douane française. « Le premier qui sourit je lui balance ce sac sur la tronche, OK ? »
Retour à la gare RER : escalators, ascenseur, tapis…et ce P_ _ _ _ _ de sac !
Le rendez vous est pris. Nous devons nous rendre à la gare de Vincennes, en changeant à « Nations ». L’échange se fera sur l’esplanade. Nous nous sommes données des signes de reconnaissance. Pour elle :
« Je serai avec des cheveux mi-longs et une robe noire »
Pour moi :
« J’aurai un énorme sac à dos vert de marque Quechua !!!! »
15 H – nous sommes en place. Et, on attend…Hélas, il semblerait que tous les habitants de Vincennes aient décidé de porter des cheveux mi-longs et une robe noire aujourd’hui.
15H15 – le contact arrive : Mercedes noire, vitres teintées…la mafia ? La femme sort et correspond à la description. Je m’avance et passe aux présentations. Je lui remets le colis qu’à condition qu’elle me montre ce que moi je convoite. C’est chose faite.
« Bon, beh, c’est pas tout, mais nous on doit aller encore prendre un train à la gare de Lyon ! alors…
- on vous dépose, si vous voulez ?
- (C’est bien la moindre des choses) on voudrait pas vous déranger.
- mais, non, ça nous fait plaisir !
- (et en plus ils prennent du plaisir. Ah, encore des parisiens qui veulent me faire parler pour se foutre de mon accent) bon, si vous insistez, c’est d’accord ! »
En chemin, on discute de nos itinéraires respectifs en Inde. L’ambiance se détend. Ils me parlent des Cévennes et de Montpellier. Je commence même à les trouver sympathiques. Ils nous déposent devant, avec nos sacs. Je vérifie. C’est alors qu’ils se confondent tous les deux en excuses pour nous avoir causer tant de soucis. (A genoux que je vous donne l’absolution) « Oh, ça fera des souvenirs ! Dis-je en souriant poliment »
Il est 15H30 : 6 heures pour récupérer un sac soi-même…un petit exploit, non ?
Il nous reste encore 3 heures à tuer. Notre train ne part qu’à 18H20. Alors, après avoir mis les bagages en consigne, nous partons nous balader au jardin des plantes. On est crevées ! On aimerait tellement se poser sur un banc confortable et à l’ombre. Hélas, les quelques parisiens qui ne sont pas partis envahir les plages méridionales se sont donnés le mot. Ils sont tous là, profitant du soleil, pour squatter tous les bancs en bois ombragés. Il ne reste plus que les bancs en pierre en plein cagnard : non, merci !
On cherche, on se traîne, de vraies loques. Les jambes sont lourdes et mes paupières se ferment à chaque foulée. Tiens un marchand de glaces ! Soudain, l’énergie me revient.
« Quoi ! 150 roupees un cornet de glace avec 1 seule boule, non mais ça va pas ! »
Y a plus de doute, on est bien rentrées en France !
On continue notre recherche qui se solde par un choix délicat : soit on s’assoit à côté de deux tourtereaux, soit à côté de deux mamies. Devinez ce que je choisis…
Les deux mamies, bien sûr ! Je ne suis pas suicidaire, non plus !
Les 2 mamies sont très touchantes. Elles se vouvoient et semblent pourtant se connaître depuis un bon bout de temps. Elles se chantent des vieux refrains de leur jeunesse. Puis, elles en viennent à parler de leurs problèmes d’arthrose, de suintements entre les orteils, de la chaleur, et des piafs qui sont à leurs pieds. Elles continuent à parler des animaux. Des chats, notamment. L’une a même ramené un article de presse découpé, puis photocopié afin de le donner à la seconde. Ce papier raconte un exploit épatant. Une chatte aurait sauvé ses 4 petits d’un immeuble en flamme ! Elles s’extasient devant l’évènement, la première avouant à la seconde d’avoir pleurer en lisant cette histoire. La seconde en conclue que les animaux sont bien meilleurs que les Hommes. Isa et moi, on ne dit rien. On médite sur ce qu’on entend…enfin…on est tellement fatiguées, qu’on préfère rester toutes les 2 passives et muettes comme des carpes, puisqu’elles aiment bien les animaux, pourquoi pas les poissons.
17H – l’heure approche. Avant de regagner la gare, nous passons à l’épicerie du coin manière de ne pas payer le sandwich SNCF du TGV. Etant donné les prix, on se contente d’un peu de pain, du kiri et du chocolat. Ah, le chocolat, du vrai ! Voilà 3 semaines que j’en cherche ! Je suis en manque !
18H – Assise sur nos sacs, on attend le train. On n’a pas fière allure. J’ai l’impression que tous les gens autour de moi courent et que moi, je suis comme Steve Austin, au ralenti.
18H05, le train est annoncé voie A. On se lève difficilement. En poussant notre chariot, on arrive enfin devant la bonne voiture. On est en première classe !!! Ça y est, on a pris goût au luxe en Inde. Va falloir tout de même se calmer ! Je prends une photo quand même, au cas où je sois plus tard nostalgique de cette période où j’avais le sentiment d’être riche (Merci les billets Prems) !
Le goût du luxe:
Pendant le trajet, je me répète : faut pas t’endormir, faut pas t’endormir, pas t’endormir, t’endormir, dormir, dor…Je ne peux pas résister, je tombe de fatigue. Pourtant je sais bien que si je dors, après une fois chez moi, seule, angoissé, j’aurais du mal à le faire, c’est sûr ! Mais je n’y arrive pas ; le bercement du train est fatal. Le train s’arrête à Nîmes, Montpellier, Sète…l’arrivée est proche, Agde, plus que quelques minutes et puis…tout va finir ! Ça y est ! On y est ! Va falloir sortir, quitter le voyage et revenir à la réalité, soit personne qui m’attend.
Là, à ce moment précis, j’ai beau me répéter que j’ai eu de la chance d’avoir fait ce voyage, de vivre et de voir toutes ces scènes insolites, rien n’y fait : j’ai le blues ! Isa, au contraire, est dans le couloir du train depuis Agde. Le sac sur le dos, elle est prête à sauter sur le quai. Pour une fois, elle est expressive, elle est heureuse, c’est certain. Le train à peine arrêté, elle saute dans les bras de son chéri. Moi, je traîne encore dans le train. J’ai envie d’y rester. Continuer le voyage, ma fuite en avant vers, n’importe où, mais pas ici ! Je descends quand même…Maigre consolation, un paquet de café m’attend sur le quai grâce à un SMS envoyé discrètement par Isa à notre chauffeur.
23H00, je suis devant mon immeuble. Je gravis ces escaliers maintes fois dévalés, je cherche mes clés, j’ouvre la porte de mon appart : pas d’eau chaude, pas d’électricité, le frigo vide. Je referme derrière moi, le voyage est dès lors terminé !
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Commentaires