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Ce matin, c’est le départ pour notre dernière virée ; Céline nous accompagne. Pour la dernière, on s’offre le grand luxe : voiture climatisée avec chauffeur. Celui-ci s’appelle Selva, il ne cause pas beaucoup mais son rôle n’est pas de faire la conversation, c’est de nous amener où on veut, quand on veut. Dans notre Ambassador, notre chauffeur nous fait traverser la propriété. Dans les campagnes, les travaux agricoles avancent bon train. Cette année la récolte de riz sera bonne. Les plantations de sucre sont un peu en retard. Les ouvriers, indigènes, bien entendu, oeuvrent le dos courbé sous le poids de leur charge. Le soleil brûle au dessus de leurs têtes. Les femmes repiquent les plants au milieu des rizières. Les couleurs vivent de leur sari ressortent au milieu de toute cette verdure…Je les surveille derrière les vitres teintées de notre véhicule. A l’intérieur, la clim nous protège de la chaleur accablante que subit nos ouvriers…Quel étrange sentiment ! Je crois que le malaise du départ me reprend ; je n’ose même pas demander au chauffeur de s’arrêter pour prendre des photos.
Selva fait une pause à Gangaiconda Cholapuram. Un temple se dresse face à nous, allons y ! Nous nous retrouvons au milieu d’un groupe de touristes français. Nous profitons de leur guide en nous glissant discrètement parmi eux, ni vu, ni connu. A la sortie, un éléphant se dirige vers nous, sans avoir fait aucun signe pour l’attirer. Il nous bénit contre notre volonté mais nous jouons le jeu et lui glissons dans sa trompe les quelques roupees qu’il nous reste. Visiblement, ce n’est pas assez pour son cornac. Furieux, il oblige sa monture à bloquer notre véhicule. Nous nous réfugions à l’intérieur alors que le mastodonte commence à frapper le capot avec sa trompe. Selva perd son sourire. Il ouvre la fenêtre, balance quelques mots en tamoul et le cornac repart. Sans l’intervention de notre chauffeur, nous aurions été piétinées par le pachyderme. Selva est notre ange gardien, notre Sauveur : « Aré Selva ! »
Nous faisons un deuxième arrêt à Darasuram pour visiter un nouveau temple et une fabrique de saris. La fabrique…c’est plutôt deux métiers à tisser installés dans une maison tamoule où toute la famille vit et travaille autour. Ils sont heureux de nous voir et voient en nous, de potentiels clients. Hélas, c’est la fin du séjour et nous comptons les derniers roupees. Puis, que ferai – je d’un sari de 5 mètres de long, à Béziers ? Mais, le chef de famille est bien décidé à nous en vendre. Il en déplie une dizaine, tous plus beaux et plus colorés les uns et les autres, en soie, tissés de fils d’or. Nous sommes assises et regardons avec admiration la finesse du travail mais personne n’ose lui dire que nous ne sommes pas vraiment intéressées. Et lui, il continue à sortir tout un tas de tissus. 3 000 roupees…ce n’est pas possible, même pour lui faire plaisir, vous me voyez porter ça pour aller à l’école. Le temps le matin, qu’il me faudrait pour m’entortiller dedans ! Je devrais me lever 2 heures en avance rien que pour m’habiller ! Non, c’est décidément impossible ! Difficile toutefois de le vexer, il est si dévoué…Je ne craque pas pour autant et nous sortons avec une formule bien rôdée :
« We want to reflect and we’ll come back » ce qui signifie : donner de faux espoirs aux personnes qui ne sont pas dupes pour autant. Ils nous raccompagnent avec le sourire.
3èmearrêt – un restaurant de luxe où nous retrouvons les touristes français du temple de Gangaiconda Cholapuram. Passons vite sur ce passage qui n’a aucun intérêt, si ce n’est que de retour au taxi, on se demande ce que Selva a bien pu manger? Peut- être fallait-il lui proposer de venir manger avec nous ? Il refuse de répondre en détournant habilement la conversation. Il est embarrassé, moi aussi. Ce soir, on va se rattraper.
4ème arrêt – sur la digestion, donc légèrement endormies, surtout Céline, nous visitons un atelier de fabrication de statuettes en cuivre. Ganesh, Shiva, Parvati, ils sont tous là, nous, moins, complètement dans les vaps ; la clim, ça tue. Dès qu’on sort de la voiture, la chaleur nous assomme.
5ème arrêt : Tanjore
D’abord, trouver un hôtel. Notre premier arrêt est une sorte de cité U de Sri Aurobindo – propre mais un peu vieillot et surtout, très, très, très chaud. Cette solution est rejetée. Cherchons la deuxième proposition. On tourne en rond, impossible à trouver. Selva intervient et nous amène dans un hôtel correct avec lequel il doit avoir quelques intérêts communs, comme le restau à midi.
Une fois les bagages posés, il est 17 H00, l’heure d’aller au temple pour toutes les familles hindoues, surtout un dimanche. Rôdées, nous laissons nos chaussures à l’entrée. The Big Temple est impressionnant. Comme son nom l’indique, il est immense. Les familles se pressent. Le soleil se couche. Il règne une ambiance extraordinaire pleine de méditation et de quiétude. Je suscite un intérêt tout aussi grand que Shiva. Beaucoup de familles me demandent de poser avec eux sur leur photo. Ils sont morts de rire, je les intrigue. La taille sûrement car je les dépasse tous d’une tête ou deux. Les yeux peut-être ? Les habits ? La couleur des cheveux ou de la peau ? Tout à la fois, sûrement ! C’est plutôt amusant, une vraie starlette sur la Croisette, ou presque !
Céline et Isa sont allées faire la queue pour entrer à l’intérieur de la chambre sacrée, noire et enfumée. Moi, bof, ça ne m’emballe pas trop, j’ai déjà donné, alors je me balade autour. L’atmosphère est tellement paisible que ça me donne l’envie de me rouler dans l’herbe. Tiens justement, une pelouse s’offre à moi, elle me tend les bras. Vite, avant que quelqu’un me prenne la place. Je vais m’asseoir un moment, le temps de méditer. A peine assise, je suis attaquée par de minuscules fourmis tueuses, qui me crachent leur acide sur mes pieds. Je me lève d’un bond, les chasse en gesticulant dans tous les sens. Les gens sourient en me regardant m’agiter dans tous les sens. Je comprends pourquoi personne n’était assis là. Céline et Isa se dirigent vers moi et se demandent ce qui m’arrive. « Est-elle en transe après une trop longue méditation au soleil ? » Rien de tout ça. Les pieds me brûlent. Je les regarde de plus près et j’aperçois une sorte d’urticaire. C’est horrible, mes pieds vont enfler. Je vais avoir les mêmes que ceux d’un éléphant. Pas vraiment l’idéal pour enfiler les tongs ! Ça me gratte. Ne pas y penser ! Ne pas y penser ! Prions ! Quelques minutes plus tard, les plaques disparaissent, je suis sauvée ! Ganesh m’a sauvé !
Le restau du soir est une pure merveille. Pas cher, copieux et super bon. De plus, le serveur est des plus aimables. Selva n’a pas voulu venir manger avec nous. Cela doit être un peu mal vu un homme seul avec trois femmes européennes. J’en sais rien en fait. Il y a tellement de codes, de traditions, de règles qui sévissent ici, connus de tous sauf de moi ! Le repas est tellement copieux que nous n’en mangeons que la moitié. Le serveur est désespéré. Il veut nous faire des paquets pour les emporter. Il est tout déçu, il croit qu’on n’aime pas ce qu’il nous a si gentiment amené. Gênées, on lui laisse un pourboire généreux. Dehors, notre chauffeur nous attend. Pas besoin de se risquer à traverser la chaussée, il vient nous prendre, nous ouvre les portières et les referme derrière nous…de vraies princesses ! Attention à ne pas trop prendre le goût du luxe, si non, une fois de retour en France, nous risquons d’attendre un moment devant nos voitures respectives !
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