Made in India
Réveil matinal car nous partons en excursion en pirogue. Mais… il pleut! Pas tout le temps ; un coup c’est le déluge, un coup ça s’arrête, un coup c’est le déluge, un coup ça s’arrête…et ce, toute la matinée. Bref, les tongs en plastique sont de rigueur, ainsi que le parapluie acheté à Trivandrum. Le pantalon moisi remonté jusqu’aux genoux, le kway banane pour Isa, le poncho pour Céline, nous sommes prêtes à affronter les éléments sauf que la tong, ça s’enlève et ça flotte facilement. Isa en fait par trois fois les frais. De nouveau, elle fait sa cendrillon, tout ça pour que notre gondolier au regard de braise la remarque ! Ebloui par le rayonnement cosmique de Sri Isabella, le pauvre gondolier tombe à l’eau. Il remonte péniblement sur la barque, le sourire honteux.
Nous continuons notre balade, sous la pluie. Les fortes pluies font déborder les canaux et l’eau arrive aux portes des maisons. Chaque habitant, humain ou animal, se réfugie sur les moindres petits espaces secs. A chaque descente de notre embarcation, il faut faire preuve d’un grand sens de l’équilibre pour ne pas se retrouver les fesses dans l’eau. Les tongs ne sont vraiment pas adaptés, mieux vaut marcher pieds nus comme tout le monde. Le gondolier nous amène goûter des noix de coco fraîche. Chouette ! Et comme la dernière fois, j’en conclus que c’est pas bon…du moins, j’aime pas ça. Isabelle et Céline sont de mon avis. Mais comment faire pour s’en débarrasser sans les vexer. Discrètement, j’essaie de vider la mienne derrière mon dos. Mais, difficile de se cacher car tous les yeux sont tournés vers ces trois blondes blanches aux drôles d’habits dégoulinants. Je me force un peu…gloup ! Ça ne veut pas passer ! Encore un petit effort ! Y a rien à faire, je n’aime pas ça, je crois que je vais vomir…
Vers midi, nous retrouvons notre taxi. Trempées jusqu’aux os, seules nos langues sont sèches. Il nous ramène à Fort Cochin. Je monte à l’avant du véhicule et je croise par deux fois la mort en face ! Je finis tout de même par m’endormir. Soudain, je me réveille, faut appeler Florence. Je fais part de mes inquiétudes aux filles. Elles sont de mon avis. Il faut trouver un moyen pour la joindre rapidement car c’est demain que nous revenons à Madras ! Ah, un point phone, génial ! Céline compose le numéro. Ça ne répond pas ! Elle essaie une deuxième fois, toujours rien ! Angoisse ! Vérifions le numéro. Ah, on s’est trompées, normal ! Cette fois c’est la bonne. Le téléphone sonne, florence décroche, dans quelques secondes nous allons connaître le verdict…
« Tu connais l’adresse de GAP à Madras ? »
La question était vraiment trop urgente ! Quand le superficiel vous rattrape…Nous venons de traverser des villages où les gens vivent avec trois fois rien et nous, notre première interrogation, c’est de connaître l’adresse d’un magasin de fringues ! Etrange réaction ! Peut être que ça nous rassure ? Ou alors c’est un simple réflexe, un conditionnement ? Au final, Florence nous indique que c’est à Pondy qu’il y a des boutiques qui vendent des articles GAP. Une fois sur place, bien sûr qu’on y est allées mais on n’a rien acheté ! C’était juste comme ça, pour voir. Ce qui est rassurant, c’est qu’on n’a pas succombé aux sirènes du « C’est moins cher alors faut en profiter ». Face à l’alternative, nous avons préféré opter pour l’achat de produits propres à l’Inde, pour touristes certes, mais différents. Finalement, je m’en fous un peu de porter des fringues de marque ! Je ne sais pas ce qui m’a pris soudainement.
Il nous reste 6 heures à combler avant de rendre à la gare. 6 heures c’est beaucoup, mais en Inde, ça ne laisse pas vraiment le temps de s’éloigner de notre hôtel car on ne peut jamais être sûr du temps qu’il nous faudra pour revenir. Que faire alors ?
1- D’abord, allons manger et testons aujourd’hui le pire restau du séjour, cracra et dégueulasse qui nous rendra toutes malade. Ça y est, ça s’est fait !
2- Se rendre au musée Indo portugais : 3 salles sur des reliques d’églises. temps de la visite 20 minutes et encore, sans trop se presser !
3- Revenir à pieds jusqu’à la résidence. Mais pas de chance, c’est juste à côté ! Allons nous doucher. Mais là aussi nous jouons de malchance. Notre chambre a déjà été louée. Les patrons s’excuse et nous propose de nous doucher dans une cabane au fond du jardin entourée par les ouvriers qui font des travaux de plomberie dans la résidence. Bon, qui commence ? ça va nous occuper un moment.
4- Ecrire des cartes postales. J’en suis à 19, Isa 7. Je la bats à plate couture. Il m’en manque plus que 9 alors que elle doit encore en écrire 22. Ce n’est pas gagné…Plus que 6 jours pour tout boucler !
5- remplir ce carnet de voyage. ça occupe un moment mis il reste encore du temps alors je me repose après la matinée de ce matin, j’en ai bien besoin. Mais surtout, il ne faut que je m’endorme car je dois garder des activités sous le coude pour les 14 heures de train qui nous attendent. Soudain, à cause du numéro 1, j’ai faim…c’était tellement crade que venant à peine de finir mes ennuis gastriques, j’ai préféré ne pas prendre de risques et je n’ai rien avalé.
20H15 – On monte dans le train qui nous ramène à Madras. Les places sont numérotées. Nous cherchons les notre lorsqu’on s’aperçoit qu’un homme dodu vêtu de blanc s’est déjà installé sur notre banquette. Il a ouvert son lit et posé ses draps et ses affaires dessus. L’homme ne semble pas comprendre ce qu’on lui dit. Pourtant, nos gestes sont précis et n’importe quel crétin comprendrait que l’on souhaite récupérer nos places ! Mais lui, non ! Je crois qu’il se fout légèrement de nous…Il est accompagné d’un petit bonhomme qui semble désolé pour nous. Il écoute attentivement le gros monsieur en blanc et cède à toutes ses requêtes. Je crois que c’est son serviteur et que l’homme en blanc est un brahmane, la caste la plus élevée de la hiérarchie hindouiste. Petit à petit tout le monde s’installe pour dormir. Les lumières s’éteignent une à une. Il va falloir nous aussi se rendre à l’évidence, il est temps d’aller se brosser les dents. Problème : nous n’avons pas d’eau potable et les vendeurs du wagon ne passent plus à cette heure là. Il est 21H30. Face à nos banquettes, côté fenêtres, un homme nous propose sa bouteille d’eau minérale. Il porte une épaisse barbe noire et ses cheveux sont enturbannés. C’est un sikh, je l’ai lu dans le Futé.
Les dents blanches et propres, il est l’heure de se coucher. Je regagne ma couche, sous le gros homme vêtu de blanc. Je sens que le sommeil va être dur à trouver. D’autant plus sur, qu’au bout de quelques minutes, la banquette au dessus de la mienne tremble secouée par des ronflements profonds ! Génial ! Il me reste une dernière pilule relaxante, je l’avale direct. Je mets mon baladeur sur les oreilles et cherche désespérément le sommeil.
4 H du mat, j’ai des frissons …au bas du ventre…Faut que j’aille faire pipi ! J’essaie de résister mais au bout d’une heure je n’y tiens plus. Aller aux toilettes du train durant la nuit c’est un peu mission impossible. Il faut éviter les chutes, chercher à tâtons son chemin, mener son investigation jusqu’à son terme…J’y parviens : quel soulagement. Je retourne me coucher mais voilà qu’une heure plus tard, je suis réveillée par une voix tonitruante. J’ouvre péniblement les paupières et je vois, sur moi, deux pieds qui ne m’appartiennent pas. Au bout de ces pieds, il y a l’homme en blanc qui se gratte une partie propre à la gente masculine. Vision d’horreur ! Plus e souffle et je râle sous mon drap, plus il parle fort. Je lui jette le mauvais œil et lui, il éclate de rire. Un rire gras et fort qui réveille tout le wagon. Son serviteur à côté de lui parle doucement. Il semble gêné et je lis dans son regard, des excuses. L’autre, il en a carrément rien à faire, il continue de plus belle et souhaite qu’une chose, que je me lève pour qu’il puisse s’asseoir correctement sur ma banquette. Je résiste là aussi ! Il n’en est pas question, je fais semblant de dormir.
8H00- je cède, je suis vaincue, je me lève en sentant que le mal de tête n’est pas loin !
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