welcome
Tout ici est vrai ! sans trucage !
Cela s'est passé durant l'été 2005, au cours de voyage plein d'aventures,
sur les routes d'Inde du Sud
Bonne lecture et surtout pensez à me laisser vos commentaires...
MADE IN INDIA
Made in India
Tout ici est vrai ! sans trucage !
Cela s'est passé durant l'été 2005, au cours de voyage plein d'aventures,
sur les routes d'Inde du Sud
Bonne lecture et surtout pensez à me laisser vos commentaires...
MADE IN INDIA
Shiva a veillé sur nous car nous avons toutes deux bien dormi cette nuit. Nous avons encore du mal à se faire aux cris des corbeaux dès 5H30 du mat (heure où le jour se lève) !
Ce matin, c’est shopping. A Mamallapuram, les boutiques, ce n’est pas ce qu’il manque ! A 11H00, je vais même essayer les tongs, faites sur mesure que j’avais commandées la veille. Elles sont tout en cuir, noires, un peu classe…attention, je deviens une vrai Fashion Victim ! Être assise dans cette boutique, c’est assez hallucinant…comme projetée dans une autre époque…et tout ça pour 300rps, c'est-à-dire 6€ ! J’essaie de ne pas culpabiliser ! Après tout, si je ne les achetais pas, de quoi ils vivraient ces artisans ? Je suis une touriste, il faut accepter les règles du jeu !
A midi, on quitte notre hôtel. Adieu Uma Guesthouse et ses pannes d’électricité, à nous le Baboo Soorya Hotel et ses chambres luxueuses pour 400rps. 2H00 de bus, sont nécessaires pour nous rendre à Kanchipuram. 2H00 de bus, où, fortes de notre première expérience, nous avons pris la place juste à côté du chauffeur. Pas de sièges devant, je peux étendre mes grandes gigues et poser mes pieds sur mon sac. Certes on est toujours ballottées, on voit la mort nous arriver en face directement à plusieurs reprises, mais, c’est à croire qu’on s’habitue à tout car je finis par m’endormir. Faut dire aussi que je suis crevée. Je n’ai rien avalé depuis la veille à cause toujours de mes problèmes gastriques qui persistent. Je fais bien attention à boire régulièrement car la déshydratation est proche. Il fait très, très chaud…même pour une fille du sud, c’est difficile à supporter !
A l’arrivée à Kanchipuram, nous louons un vélo chacune. Bien décidées à ne pas se faire rouler cette fois, nous entamons les négociations. Tous les loueurs sont côte à côte. Nous allons au premier sur notre gauche. Il nous propose 4rps/heure. Très bien, c’est noté. Allons voir celui d’à côté. Il maintient le même prix. Très bien, allons voir le 3ème…3rps de l’heure. C’est mieux ! Allons maintenant au 4ème : encore mieux, 2rps/heure. Banco ! On prend ! Si on avait continué, on les aurait peut-être gratuit ? (Rappel 50rps = 1 €, faites le calcul)
17H00 – Une fois douchées, le courage nous manque, mais la soif est terrible ! Nous décidons d’aller prendre un verre au bar de l’hôtel. Je me vois déjà sirotant mon coca glacé, dans une pièce climatisée. On s’approche de la salle…tout est noir à l’intérieur ? Une seule personne est assise. C’est un homme d’âge mûr qui a l’air au bord du suicide ; il regarde un film Bollywoodien, un verre à la main. La pièce sent à la fois l’alcool, le tabac froid et le renfermé. Il règne une ambiance digne d’un film de Mafiosi…On hésite un instant. Le Barman nous dévisage des pieds à la tête. Tant pis, on y est, on y est. Allons nous installer sur les banquettes de velours rouges, sur lesquelles je ne veux pas savoir ce qui s’y est passé ! Isa commande un jus d’orange. Le barman fronce les sourcils. On répète notre commande. Il tord sa bouche ; il semble plutôt embarrassé. Après un court silence, il s’éclaircit la gorge et nous répond en anglais (je traduis, n’ayez crainte…ça vous épate ça aussi ?)
« Mais ici, c’est un bar où on sert uniquement des alcools… » Un bar, en quelques sortes, réservé aux hommes. Il semble gêné mais pas autant que nous !
Que faire ? J’ai très, très, très soif ! Une idée brillante nous vient à nouveau à l’esprit. Pourquoi pas aller en ville ? On visitera quelques monuments et en route, on s’arrêtera sur une petite place, bordée de palmiers, où on ne servira des rafraîchissements en terrasse ! Ca, c’est une sacrée idée ! Tout à fait possible …en France. Sauf qu’ici, nous sommes dans une ville inconnue, d’un petit million d’habitants et nous nous déplaçons en vélo, au milieu d’une circulation dense et désordonnée, avec comme seul repère, un plan ridicule du Petit Futé. Pour couronner le tout, le vent se lève, le ciel s’obscurcit…3 minutes plus tard, nous sommes rincées ! Je me demande si Le Petit Futé est un livre qui s’adresse vraiment à nous ???
Sous la pluie, nos vélos à la main, on fait peine à voir. Un Monsieur nous propose d’attendre que la pluie cesse, dans le vestibule de sa maison. On accepte volontiers ! Quelques minutes s’écoulent puis la ville s’anime à nouveau. Les marchands ressortent dans la rue, les mobylettes et les rickshaws investissent la chaussée. A notre tour, nous mettons le nez dehors. La pluie ne nous a pas coupé la soif. Alors, on achète une bouteille dans la rue. Le bouchon se dévisse sans forcer : ça aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. On comprendra plus tard, que l’eau achetée n’était pas de l’eau minérale…C’est la boîte d’Ercéfuril en entier qu’il va me falloir prendre en arrivant à Pondy !
18H00- la nuit tombe sur le temple Ekanvarechvara. Les fidèles se pressent. Comme eux, on laisse nos chaussures à l’entrée, même si personnellement, je trouve le sol un peu cracra ! Arrivées à l’entrée du sanctuaire, un prêtre nous fait signe de le suivre. Allons-y ! A l’intérieur, on entend une musique entêtante et envoûtante. L’odeur d’encens et d’huile est très forte. Tout est noir. On ne sait pas sur quoi on marche. Les gens se pressent et font la queue pour prier devant leur idole… Je craque ! FAUT SORTIR D’ICI ! Je plante Isa et rebrousse chemin. Elle, elle veut absolument voir un arbre qui selon le Routard, aurait plus de 3500 ans et aurait des vertus magiques ? Tu parles ! Je parie qu’elle est en train de basculer du côté obscur ! Dans trois jours, elle va m’annoncer qu’elle s’est convertie à l’hindouisme et qu’elle ne rentre pas en France car elle souhaite faire une retraite à l’Ashram de Sri Aurobindo ! Moi, tout ce que je veux, c’est …ne plus avoir mal au ventre et pouvoir avaler autre chose que de l’eau et du coca !
Pendant qu’Isabelle tente l’expérience de l’arbre, moi, je préfère m’asseoir au bord du bassin des ablutions. Pour éviter de me faire attraper par des vendeurs de cartes postales, je prends l’air contemplatif, méditatif même, je semble en plein état de grâce. Personne du coup ne s’approche de moi. Enfin, un moment paisible. J’avoue que ça commence sérieux à me soûler de devoir, sans arrêt, tracer froidement, sans un regard, quand des vendeurs ou des mendiants, de tous âges, tendent leur bras sous mon nez ! Je vais vraiment craquer !
Epuisées, on décide de rentrer à l’hôtel sur nos vélos, sans phares : un miracle. J’n’ai pas encore perdu mon sens de l’orientation et on retrouve notre chemin au milieu de la circulation, dans les rues mal éclairées et sans panneaux d’indications ! Quand on rentre dans le restaurant de l’hôtel, on se rend compte qu’on est en fait les seules clientes. Je m’étais bien rendue compte que Kanchipuram n’était pas une ville très touristique, puisque nous sommes les seules européennes dans les rues, mais là, le constat est net. C’est peut-être un hôtel fantôme ?
Le plat végétarien doux qu’a commandé Isa se révèle être en fait, une sauce aux calamars très épicée. Heureusement pour elle, j’ai toujours l’estomac en vrac et je ne peux encore rien avaler. Elle peut donc se replier sur mes nouilles au poulet.
21H00, nous sommes dans notre chambre. Isa bûche le Routard, moi j’écris, en espérant que, demain, mes intestins soient au point !
Une journée à Mamallapuram
Une journée bien remplie
J’ouvre les yeux doucement, j’ai enfin l’impression d’avoir passé une bonne nuit. J’ai tout de même légèrement mal au ventre, mais rien de grave. Je m’étire, baille un bon coup et attrape mon portable pour regarder l’heure. Je l’allume mais au lieu de me demander mon code PIN, il me demande mon code PUK : « qu’est-ce que c’est ce truc ? Isa, tu sais ce que c’est le code PUK ? »
Isabelle se retourne…Aaaaah ! Stupeur ! On dirait qu’elle a pris 20 ans en une seule nuit !
" Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ?
- J’n’ai pas fermé l’œil de la nuit, j’en peux plus… » Elle est au bord du gouffre !
- Allez, c’est pas grave, c’est le décalage horaire !
- J’ai…
- Tu sais ce que c’est alors le code PUK ?
- C’est ma faute…
- Quoi ta faute ?
- C’est moi, cette nuit, j’ai voulu regarder l’heure alors j’ai pris ton portable et …
- Et ?
- Je me suis trompée en entrant le code PIN et…
- Et le portable est bloqué ! Bravo ! En plus, y avait ma montre sur le meuble Télé… » Je vois rouge !
Zen…Le ventre me fait de plus en plus mal…Le portable est bloqué, plus de SMS, plus de moyen d’être jointes pendant le séjour. Florence ne peut même plus m’appeler au cas où il y ait une catastrophe…J’ai super mal au ventre. Je bondis hors du lit, direction la salle de bain : je crois que le poisson de la veille n’était pas si frais que ça. Vite un Smecta ! La journée commence bien !
Bien énervée par ce réveil douloureux, je pars envoyer un mail à mon père pour que de France, il puisse contacter Orange et me débloquer la carte SIM…C’est pas gagné ! Déjà qu’il vient à peine d’apprendre à lire et à envoyer un SMS ! Heureusement, Elodie, ma sœur, est sur place en ce moment ; elle va pouvoir me sauver de cette situation !
Le petit déjeuner a du mal à passer. J’avale difficilement un toast et une gorgée de thé. J’enterre la hache de guerre et propose à Isabelle de louer pour la journée un scooter et faire ainsi la visite de Mamallapuram par nos propres moyens.
25 minutes plus tard, notre véhicule est avancé. Le scoot s’est transformé en vieille mobylette, sans rétro, sans clignotant, et pire ici, sans klaxon. Enfin, pas vraiment sans klaxon, disons qu’il y en a un qui ne marche que quand on roule à fond, c'est-à-dire, jamais !
Chevauchant notre destrier, les cheveux au vent, nous filons direction les Five Rathas (les 5 temples). A l’arrivée, on nous saute littéralement dessus :
« Achète mon éléphant !
- et moi, mes peintures sur soie !
- et moi, mon presse papier en marbre sculpté à la main !
- … »
On traîne nos courtisans derrière nous jusqu’à l’entrée des temples, leur promettant de revenir : 1ère erreur !
Une fois à l’intérieur, on commet une deuxième erreur : on prend un guide. Il est gentil, connaît plein de trucs, nous montre de choses qu’on n’aurait jamais vu seules…mais le problème, c’est qu’il explique tout en anglais. Même s’il fait l’effort de parler lentement, Indra, Shîva, Parvati, Vishnu…et leurs milliers de réincarnations, ça me passe à 3000 lieux au dessus de la tête ! J’écoute d’autant moins que je n’ai qu’une idée en tête « Ai-je pris de l’Ercéfuril ? Comment vais-je pouvoir rentrer à l’hôtel rapidement ? Vais-je y arriver à temps… »
Je profite tant bien que mal de la visite. A nous deux, nous sommes l’attraction du lieu pour des familles indiennes qui se promènent. Ils veulent qu’on les prenne en photo, juste comme ça, pour qu’on ait un souvenir d’eux une fois rentrées en France, ou pour une autre raison…on ne sait pas vraiment pourquoi. La barrière de la langue nous sépare. Visiblement, ça leur tient à cœur, alors, on s’exécute et on les prend en photo. Ils se serrent tous sur un même rocher et regardent attentivement l’objectif. Une fois la photo prise, ils secouent la tête et repartent sans rien nous demander ??? Étrange ???
Dès qu’on sort du temple, notre cour est là, fidèle au poste. On se fraye un chemin difficilement jusqu’à la mob. Ils sont une dizaine autour de nous, ils nous mettent des cadeaux dans les mains pour qu’on les achète, proposent des prix, les baissent à chacun de nos pas…mais nous, tout ce qu’on veut, c’est partir ! Seulement, on n’est pas assez fermes, on leur répond, on s’excuse, on les regarde…erreur, erreur, erreur !!! On finit par enfourcher la mobylette et par démarrer, mais on repart avec un mini-éléphant en pierre taillée pour moi et une boule presse-papier en marbre pour Isa. Deux objets qu’on a achetés pour avoir simplement la paix. Si on n’arrive pas à dire NO ! L’excédent bagage au retour sera impossible à éviter !
Après une visite éclair du temple du Rivage, je suis obligée de repasser en urgence à l’Hôtel. Et, oui, j’n’ai pas d’Ercéfuril...Le Smecta et le Spasfon ne sont qu’un plâtre sur une jambe de bois…
A 15H00, on va sur la plage pour essayer de manger. Pour moi, ce sera Coca et Riz, obligée !
Au passage, on déclanche une dispute entre le patron du restau et un couple de Belges. Quand on arrive, ils viennent de commander. Le patron arrive à notre hauteur et nous tend la carte :
« S’il vous plaît, vous êtes Français ? »
Difficile, il est vrai, de passer inaperçues !
« Oui, on peut vous aider ?
- Les prix sont indiqués sur votre carte ?
- Oui, tenez, vous voulez les voir ?
- Merci, je veux bien ! »
Je lui donne notre carte. Quelques minutes après, le monsieur belge exige de voir le patron. Le ton monte entre les deux. La famille finit par se lever et par quitter le restaurant. Le patron nous regarde, mécontent. On lui sourit…pauvres filles que nous sommes ! Nous avons indiqué aux Belges des prix 5 fois moins chers que ceux qu’ils avaient eu ! Du coup, le patron du restau a raté là l’occasion de gagner sa journée ! La commande a été lancée et voilà, qu’il se retrouve avec des plats sur les bras. Non, c’est pas la peine qu’il nous regarde comme ça, c’est pas nous qui allons le sauver : je peux tout juste avaler une gorgée de Coca ! On s’excuse pitoyablement ! J’ai d’autant plus envie de m’enterrer sur place que lorsqu’on lève la tête, on aperçoit des photos du Tsunami de Décembre dernier. Le restau a été complètement submergé par les eaux. On comprend mieux pourquoi le patron du restau tenait tellement à cette commande ! Et aussi, pourquoi cette station balnéaire de l’ouest de l’Inde est si déserte ! Quelles tartes nous sommes !
Cet après midi, enfin il est déjà 16H00, Isa décide d’aller dans un truc qui a l’air super bien à voir mais qui est à 32Km. Pas de problèmes ! On enfourche notre bolide, un petit arrêt à la station essence et on fonce à travers la campagne… même sur une mobylette, les kilomètres ne nous font pas peur !
5 minutes après notre départ, quelques gouttes commencent à tomber…Foutaises ! On continue ! 2 minutes plus tard, des trombes d’eau s’abattent sur nous. Retour case départ, sans toucher les 20 000 roupees…On s’avoue vaincues…. pour cette fois ! Les Tourist’Angels ne renoncent jamais !
Une fois sèches, nous partons visiter quelques monuments, tout près de l’hôtel, cette fois ! Nous sommes bénites par une sorte de prêtre, un brahmane pour être exacte (attention démonstration de vocabulaire, ça vous épate !). Il nous pose une sorte de cloche sur la tête puis nous accroche des fleurs dans les cheveux. C’est sûr, ça va guérir mon mal de ventre et les insomnies d’Isa. Mais, tout ça a un prix, à la sortie du temple, il exige quelques roupees…On lui donne ce qu’on a, mais visiblement, ça ne suffit pas ! On rajoute quelques pièces ! Il fait la grimace ! On ne va pas quand même lui donner un billet ! On dirait que c’est bien ce qu’il veut… « No ! » Isa m’attrape le bras et nous sortons d’un pas rapide pour pas qu’il nous rattrape. A peine le temps de remettre nos chaussures !
On se balade, ensuite, sur les hauteurs de Mamallapuram, dans une sorte de parc. Il y a des fresques sculptées dans des énormes blocs de granit, des temples, des singes, une vue sympa et …à nouveau, une cour qui nous suit pas à pas, prête à nous vendre tout un tas de babioles. A mon tour, je suis ferme, c’est NO ! On trace sans les regarder, sans se retourner, sans leur sourire…dur, dur, dur !
On pense enfin en être débarrassées quand un jeune homme s’approche de nous et commence à nous faire la conversation. Il ne semble n’avoir rien à vendre, il veut juste savoir d’où on vient, ce qu’on pense de son pays. Il nous dit qu’il est étudiant et qu’il est très fier de voir des Européens s’intéresser à sa ville, sa culture…Il nous sert de guide et nous explique tout un tas de trucs sur les temples qui nous entourent. Je suis enchantée, envoûtée même ! Je ne me méfie de rien et ne vois pas le piège venir ! Au moment de se séparer, il veut nous montrer où il habite…Isa me fait des gros yeux, genre « Faut pas y aller, non, faut pas ! » Mais, émue par tant de gentillesse, j’ai envie de lui faire confiance : pauvre fille perdue ! Il nous amène en fait dans une maison qui sert d’atelier de fabrication de bibelots en marbre. Il sort tout un tas de pendentifs taillés à la main, par ses propres mains et aussi celles de sa grand- mère qu’il nous présente pour nous émouvoir ! Et ça marche, enfin sur moi ! Je craque et je prends 3 pendentifs que je négocie à 200 rps au lieu de 250 rps (c’est un début). Je ressors de là toute fière de moi alors que je viens de me faire rouler par un rabatteur très habile…J’ai des progrès à faire si je ne veux pas revenir avec un excédent de bagage d’une centaine de kilos et complètement ruinée, sous prétexte que c’est pas cher et que je fais travailler des familles entières.
On rentre à l’hôtel, épuisées ! J’ai toujours les intestins en feu et Isa est tellement angoissée à l’idée de ne pas dormir ce soir, qu’elle ne parle plus…et moi, les silences, ça m’angoisse ! Je choisis donc d’aller reprendre du poil de la bête dans un restau français, attrape touristes, mais tant pis ! Tout ce que je veux c’est des pâtes, sans épices, sans légumes, sans tout ! Au diable l’exotisme ce soir, pourvu que l’on passe, toutes les deux, une bonne nuit !
Matinée studieuse…enfin, pas tant que ça car ni Isabelle, ni moi n’avons pu nous lever à l’heure. Comme ça fait trois nuits que nous dormons en moyenne 4 heures, impossible de sortir du lit à 7H du mat. Qui est responsable de nos insomnies…décalage horaire ? Anxiété ? J’ai une troisième hypothèse : la Savarine. Je lis la notice, rubrique « effets indésirables », il est écrit noir sur blanc, « troubles du sommeil, accentuation de l’anxiété. » Déjà qu’il ne m’en faut pas beaucoup en temps normal pour être anxieuse et insomniaque, là, c’est le bouquet ! Aujourd’hui, j’ai tout de même réussi à dormir 7 heures de suite environ. Par contre, vu les poches gonflées sous ses yeux mi-clos, Isa n’a pas encore réussi à s’endormir avant 4H00 du matin. Le réveil sonnant à 7H00 est du coup aussitôt éteint. Je crois que je ne l’ai même pas entendu. Pourquoi se lever si tôt quand on est en vacances me direz-vous ? Quelle idée ?
C'est-à-dire, que nous avions le projet au départ d’accompagner Florence à l’école française, ce matin. Mais, pour finir, on la rejoindra qu’à 10H30.
Donc, après un réveil difficile, on s’installe au fond de la classe de Florence. Ça fait du bien de regarder les autres travailler et se dire, en même temps, « que c’est bon les vacances ». Pas très sympa comme philosophie…pas très Sri Aurobindo ! Les élèves sont très souriants et attachants. Leur accent français est irrésistible. Les R roulent, des voyelles sautent, d’autres s’ajoutent : « Isabell’ a invité ses ‘ amis pourrr mangerrr des crrrêpes : c’est Marrrdi Grrras… »
L’après midi, nous essayons de mettre au point notre itinéraire, pour la semaine prochaine, dans le Kérala : la réserve de Péryar et ses 13H00 de bus pour revenir, ou Cochin et ses 14H00 de train. Personnellement, je mets une très forte option pour le train, mais Isa n’est pas prête à céder. Finalement, on tombe d’accord : Céline tranchera.
Céline ? Un nouveau personnage va bientôt faire son entrée dans la série. C’est une collègue d’Yves qui, au départ, devait venir avec une amie, mais suite à un accident sportif malheureux, elle se retrouve à voyager seule. Avec Isa, on est d’accord pour l’accueillir dans notre Girls Band. Par contre, on ne garantit pas la chance avec nous. Mieux vaut ne rien lui dire pour ne pas trop l’effrayer. En attendant sa venue, nous allons tester pour elle, notre potentiel de survie en Inde. C’est décidé. Nous allons quitter Pondichéry dès ce soir, pour nous rendre dans le nord du Tamil Nadu, seules, sans voiture d’assistance. On va même prendre de réels risques puisque nous choisissons de partir en bus. Enfin, Isa me force la main pour partir en bus car j’suis pas très chaude. Y a intérêt qu’on aille à Cochin !
Direction The Bus stand de Pondy : on trouve le bus qui nous mènera normalement à Mamallapuram, on choisit nos places, on achète les tickets…on se débrouille plutôt bien. Le bus démarre. Le stress monte d’un cran. Je surveille chaque panneau, chaque arrêt, mais comme je ne comprends pas vraiment ce qu’il y a écrit dessus, je ne suis pas vraiment certaine que nous prenons la bonne direction. Zen, faisons confiance au chauffeur. Après tout, lui aussi n’a aucun intérêt à mourir ce soir. Il doit tenir à sa vie, alors, le camion qui arrive en face, il va bien l’éviter…Ouf ! Celui-ci n’est pas passé très loin de nous !
L’intérieur du bus, c’est un peu comme si j’étais une contorsionniste et qu’on n’avait voulu me faire entrer dans une boîte d’1m3. Au départ, ça peut aller car on est deux sur une banquette prévue à l’origine pour 3, mais après 1 heure de route, une dame, toute fluette, s’assoit à mes côtés…c’est le début de la fin : j’ai le dos raide, les fesses plantées dans une banquette en ciment, les genoux écrasés contre une plaque en métal et mon sac sur les cuisses. Un régal ! Pour le kérala, je mets une nouvelle option : train couchettes avec clim !
Siège du chauffeur...le plus confortable!
Le temps passe, la route est ahurissante mais plus on roule et plus le ciel s’obscurcit. Le vent se lève, il souffle de plus en plus fort, des gouttes commencent à tomber puis, c’est le déluge. Le chauffeur n’a qu’un seul essuie-glace qui étale l’eau sur le pare-brise comme une spatule étale la pâte sur une crêpière en fonte : visibilité Zéro. Don’t panic ! A la place des vitres, des stores en bois tentent de nous protéger de la pluie, malgré ce, on prend l’eau par le toit et par le plancher tous les deux troués. On est dans l’obscurité. Par moment, le bus marque un arrêt mais impossible de savoir où on est ! Je demande, avec mon meilleur anglais, au vendeur de tickets de m’indiquer quand nous serons à Mamallapuram ; j’suis pas sûre qu’il m’ait compris ! Tout le monde est cool, personne ne parle, certains dorment la tête sur leurs genoux…je me demande comment ils font ? Moi, j’essaie de glaner le moindre indice qui me dirait où nous sommes, l’angoisse doit se lire sur mon visage !
Soudain, le vendeur de tickets me fait signe de descendre. On saute rapidement du bus. Dehors, la pluie s’est calmée mais le sol est gorgé d’eau. Et nous, comme deux couillonnes qui se respectent, on est en tongs et sans KWAY, car nous avons préféré les laisser dans nos bagages, à Pondy ; c’est sûr que là, ils nous seront très utiles !
On prend un rickshaw qui nous conduit pour 10rps à Uma Guesthouse, un petit hôtel recommandé par Yves et Florence. Si on avait su que c’était si près, on y serait allées à pieds mais non, on continue dans le registre Touriste de Base ! Sur place, l’accueil est super, les chambres sont…en fait, on n’en sait rien car il y a une coupure d’électricité à cause de la grosse pluie. Toute la ville est dans le noir le plus complet. On ne peut même pas aller à la salle de bain pour se doucher ou même pour faire un petit pipi !
Comme on ne peut pas aller bien loin, on va au restau le plus proche et qui semble avoir de l’électricité ou une sorte de lampe de camping. Il y a 2 tables occupées, une famille d’Anglais et nous ! A peine arrivées, le patron nous met sous le nez 2 poissons « Verrrry Frrresh ! »
Il nous propose 1 plat, pas de choix. C’est vrai qu’il a l’air frais ce poisson, je crois même qu’il m’a fait un clin d’œil ! Banco ! C’est parti pur le petit thon, légèrement relevé, sa salade et ses frites maison. Et tant qu’on y est, allez une bière et un beedi ! Délicieux. Euphorique, je me laisse tenter par le dessert : erreur ! Le « verrrry delicious pancake with mango » est inqualifiable ! J’ai failli mourir étouffée ! Le patron est tellement déçu que je ne le finisse pas que je fais celle qui a trop mangé tout en lui disant « wonderful, wonderful ! » ça sert l’impro théâtrale tout de même !
Jusqu'ici, tout va bien !
22H00, on revient à l’hôtel, à tâtons. On nous donne 2 minis bougies : romantique ! Douche à la bougie…pas évident ! Soudain, un miracle, Ganesh intervient et fait revenir l’électricité sur toute la ville. Pas trop longtemps tout de même, juste le temps d’écrire quelques lignes dans mon carnet de route. L’autre surprise, c’est qu’il n’y a pas de drap et que bien sûr, nous n’avons pas pris nos sacs de couchage SNCF. Du coup, cette nuit, les paréos feront l’affaire. On sait déjà ce qu’il ne faudra pas oublier pour partir dans le Kérala : le KWAY, les draps…la cervelle !
Ce matin, Isa et moi, nous avons fait un tour sur le marché de Pondy. C’était étourdissant de monde. J’ai bien senti que nous étions dans une grande ville. Enfin, grande, par rapport à chez nous, mais pour l’Inde, c’est une petite ville d’1 million environ d’habitants …à peine : un village quoi !
L’après-midi, direction la plage. Après 9 km d’autos rickshaws, à travers la banlieue pondichérienne, enfin, les environs de la ville. N’allez pas imaginer des barres d’immeubles et des grandes surfaces discount, non, c’est plutôt des petites cabanes précaires, en palmes de coco et bambous, ou des trucs qui ressemblent à ça. Les habitants sont au bord des routes et nous regardent passer intrigués. Les enfants nous font coucou de la main, pourquoi ? Peut être croient-ils que nous sommes des célébrités ? Impossible de se promener tranquillement même à l’autre bout du monde. Je suis sûre qu’il y a des paparazzi ! Alors, telle la reine Elisabeth, je tends le bras et agite légèrement le poignet, sauf, que je ne suis ni dans un carrosse, ni dans une Jaguar, mais à l’arrière d’une mobylette à trois roues !
Cela m’intrigue quand même, ces regards, ces sourires ? Visiblement, cela ne semble n’étonner que moi. Yves et Florence foncent sur leur scooter, imperturbables, quand à Isa, elle semble trouver ça Normal ? Je dois avoir l’air vraiment d’une pauvre cruche qui n’est jamais sortie de son village. Tout m’étonne et me fascine mais j’ai du mal à le partager puisque tout le monde autour de moi, a l’air de trouver ça, Normal ? Il faut que j’arrive à me débarrasser de mon regard d’occidentale ; abandonner mes codes, mes repères, que j’essaie de trouver ça, moi aussi, Normal ? Pour l’instant, c’est mal barré…je n’y arrive pas ! Ça va venir …peut être ? Ce qui est sûr, c’est que ce soir, je vais encore avoir du mal à m’endormir !
A la plage, sans mentir, il y a 3 femmes en maillot et une cinquantaine d’hommes en pantalon ou en slip grand-père. Les 3 femmes en question, c’est Florence, Isa et moi ! On est aussi les seules européennes. J’suis trop à l’aise ! Faisons comme si de rien était, allons nous baigner. L’eau est au moins à 30°, avec de grosses vagues et des forts courants qui vous tonifient les cuisses…j’adore. Je saute, je nage, je plonge…ça y est, je crois que je me décoince. Soudain, alors que 5 minutes auparavant, nous étions les seules à l’eau, autour de nous, s’est formé une sorte de banc de jeunes indiens d’une vingtaine d’années. Ils rient, s’approchent discrètement, nous saluent…on est cernées. C’est sûr, on va se faire pincer, on l’a lu dans le Routard. Nage à contre courant pour les esquiver, on arrive à sortir de l’eau.
Allongée, sur le sable, pour me remettre de mes émotions, au bout d’un quart d’heure, j’ai chaud ! Très chaud ! Comme je n’ai pas grand-chose à dire à mon entourage, je deviens pensive. Du coup, je regarde vaguement les cocotiers qui bordent la plage. Un jeune indien assis avec ses amis croit que je le regarde et me fait coucou de la main. Je fais l’air de rien ! A nouveau, je replonge dans mes pensées et je tourne la tête vers les cocotiers. A nouveau, il me fait un signe. Je continue à faire celle qui ne comprend rien (ça, je sais plutôt bien le faire).
Il fait très chaud, trop chaud, je n’ai qu’une envie retourner à l’eau. Je fais un signe à Isa qui ne comprend pas et préfère rester allongée à rougir « sous le soleil ».
Tant pis, j’y vais seule. Je ne risque rien après tout ! Au bout de 5 minutes, l’étau se resserre, l’homme du coucou s’approche…il me guette, je plonge dans les vagues, toujours l’air de rien, il avance, je nage telle une sirène sauf que la sirène est un peu lourde et a du mal à aller où elle veut à cause des courants. Soudain, une vague se dresse et m’emporte juste aux pieds du bellâtre. Description : rondouillet, moustachu, un visage de poupon …un vrai canon pour le cinéma Bollywoodien !
« Hello ! What’s your name ? »
Je me relève difficilement…il m’arrive à la poitrine ! Je lui donne mon nom, il me donne le sien, je ne comprends rien et lui non plus. Il tient absolument à me serrer la main, après tout ça m’engage à rien, je la lui tends, il est aux anges. Après ce bref échange, je retourne m’allonger sur ma serviette, lui, il retrouve fièrement ses copains.
17H00 environ, on repart avec l’auto rickshaw, direction Pondy. V’là t’il pas qui nous suit ? Le séducteur de la plage, sur sa moto, avec un copain à l’arrière ! Ils nous doublent, ralentissent pour qu’à notre tour on les redouble. Yves et Florence nous suivent. Quelques kilomètres plus loin, la moto nous repasse devant, puis se refont doubler. Ils répètent leur manœuvre 2 ou 3 fois encore. Puis, ils passent à l’action : ils s’arrêtent à côté de…Yves et Florence et leur demandent timidement quel est notre numéro de téléphone ? Retournerons-nous à la plage dimanche prochain ? Ils repartent bredouilles. Faut pas que je me plaigne après si je suis encore célibataire. En Inde, les prétendants semblent se bousculer, le retour à la réalité française sera douloureux !
Le soir, on dîne chez Yves et Florence, sous le pendal. Je fais la connaissance de Johan, Emilie, Martine, David et un couple d’amis rencontré au lycée français d’Abu Dhabi. Tous ont vécu des expériences d’expat, des voyages fascinants à l’étranger…moi, à côté, je ne suis jamais sortie de mon trou. Du moins, c’est le sentiment que j’ai. Je me sens décalée. Je ne sais pas quoi dire, du coup, je ne dis rien. Dans ma tête, je repasse encore une fois tous ces visages, ces regards, cette pauvreté, l’insalubrité, et au milieu, ces sourires…Encore une fois, j’aurai mal à trouver le sommeil cette nuit. Encore une fois, je n’ai pas trouvé pourquoi je suis là ?
Samedi 23 Juillet
Ce matin, je me réveille dans l’autre réalité…allons mettre le nez dehors. Mettons nous en situation. Se fondre dans la masse…on va d’abord essayer de se déplacer discrètement : le scooter. Yves nous prête le sien. Isa enfourche le bolide, fais chauffer le moteur : « Allez, monte derrière poulette, j’t’amène ! » On the Road Again…on va tellement vite qu’on peut bavarder sans problème. A l’arrière, j’assure, un vrai GPS, à droite, à gauche, klaxon, je tends le bras d’un côté, puis d’un autre…Satanas et Diabolo en scooter foncent dans les rues de Pondy ! On assure tellement qu’on accélère ! Attention on fait une pointe à 30Km/H…ouah ! Ça décoiffe ! Les cheveux dans le vent, les moustiques dans la bouche, c’est l’Aventura en Inde. Génial, on en loue un pour cet après midi :
« Ça sera pas possible mademoiselle
- Pourquoi ?
- Demain peut être ?
- Non, pas demain, maintenant !
- Pas possible !
- Mais pourquoi ?
- Y a n’a plus … et on n'sait pas quand y en aura un autre. Revenez demain ?» C’est aussi ça l’Inde.
L’après midi, visite du musée de Pondy : 20 minutes, on a vite fait le tour. Alors, allons voir le truc là…l’acham, l’ashram ? de machin, Sri Dorobinno ? Sri Aurobindo ! J’arrive jamais à retenir le nom, bref, c’est une sorte de gourou philosophe qui a épousé une dame que l’on doit appeler la Mère (rien que ça !). En fait, ce qu’on visite c’est leur maison, avec son jardin et au milieu…leur tombe autour de laquelle des hommes et des femmes se recueillent. Le silence est de rigueur. L’itinéraire est précis, faut tourner dans un sens et pas dans un autre. Ah, oui ? Je l’ai lu dans le guide. On a une chance sur deux de se tromper et …on s’est planté, normal !
5H30, on va balader au bord de l’océan…indien, bien sûr ! Je repense à ces images du Tsunami qui a frappé cette côte en décembre. C’est étrange…
Les familles indiennes se baladent, certains mangent une glace, d’autres se prennent en photos, y a des marchands de babioles pour les enfants…On se croirait sur la promenade à Valras plage, mais en plus exotique ! Y a plein d’indiens et au milieu deux grandes blondes aux yeux bleus…l’attraction, c’est nous ! Drôle d’impression, je suis même mal à l’aise…
Les familles sont là, au bord de l’eau, sur les rochers ou sur le sable, tous habillés, personne en maillot, personne ne se baigne…l’eau doit être gelée comme à Valras ! Je teste, je trempe un orteil ??? Elle doit être au moins à 28°. Au bout de 10 minutes, les pieds dans l’eau, on repart, c’est trop cruel de ne pas pouvoir se baigner ! ON rentre chez Yves et Florence, dans le cocon. Isolée du monde extérieur, le soir, je repasse dans ma tête, toutes les images de la journée que j’ai pris dans la gueule ; du coup, je ne trouve pas le sommeil. Il est 3H00 du matin, j’ai toujours les yeux grands ouverts et les images qui défilent…Qu’est-ce que je fais ici ? Quel sens a ce voyage ? J’angoisse…le sommeil vient encore moins !
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Commentaires