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Tout ici est vrai ! sans trucage !
Cela s'est passé durant l'été 2005, au cours de voyage plein d'aventures,
sur les routes d'Inde du Sud
Bonne lecture et surtout pensez à me laisser vos commentaires...
MADE IN INDIA
Made in India
Tout ici est vrai ! sans trucage !
Cela s'est passé durant l'été 2005, au cours de voyage plein d'aventures,
sur les routes d'Inde du Sud
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MADE IN INDIA
1 mois de vacances passé, 1 mois à venir. 10 jours en Inde passé, 10 jours à venir : le temps passe vite !
Aujourd’hui, nous allons testées pour vous, un nouveau moyen de locomotion : le bateau. 8H30 du matin, on quitte Varkala, le cœur gros en pensant à tous les prétendants qu’on laisse ici. Le taxi nous amène à Quilon ou Kolam. Deux noms pour une même ville, c’est très fréquent en Inde et d’un pratique !
Durée du trajet estimée par le chauffeur, 1 heure. Dans la réalité, 1H30. Mais, nous avons maintenant compris qu’il faut toujours prévoir large ici. Donc nous avons 30 minutes d’avance à notre arrivée.
Le prix annoncé au départ de Varkala était de 300rps/ personne. Mais, une fois sur place, on nous annonce 500. Pourquoi une soudaine inflation ? La conjoncture économique mondiale aurait-elle changé après 1H30 de taxi ? Les négociations commencent. On finit par arriver à un accord. Si on trouve 8 personnes supplémentaires pour faire le trajet avec nous, nous paierons 300rps. Ok ! C’est parti pour le rabattage touristique ! Un Américain, un couple d’Allemands en vélo, un autre couple d’Allemands à pied cette fois, un Allemand, tout seul lui…ah, ah, ah ! Il nous en manque 2…Là, une Allemande seule. Vite, Céline lui saute dessus. C’est bon, plus qu’1. Il nous reste 5 minutes…l’heure approche…aïe, aïe, aïe. On va devoir allonger les roupees. Ouf, à la dernière minute un couple monte sur le bateau…un couple de … Allemands : gagnez !
Nous avons 8 heures de trajet devant nous.
8 heures pour découvrir la magie des back waters, les paysages, les scènes de pêche, de la vie quotidienne des habitants des îlots qui nous entourent.
8 heures pour essayer de progresser en anglais avec nos covoyageurs : l’idée est vite abandonnée pour des raisons techniques.
8 heures pour écrire des cartes postales et faire râler tout le monde en annonçant les cocotiers et le soleil radieux, même si aujourd’hui, il fait gris et humide et que j’ai même froid pour la première fois du séjour !
8 heures pour lire, écouter des CD, penser, méditer, pour dormir, se reposer. Au bout de 4heures, j’en peux plus. J’ai des fourmis dans les jambes, j’ai envie de bouger et mon voisin, l’Américain, me saoule royalement ! Les paysages sont quand même époustouflants.
18H40, enfin, nous arrivons à Allepey. Bien décidées à ne pas faire la même erreur qu’à Varkala. On fonce direct au premier rickshaw croisé et on lui donne l’adresse d’un « hôtel génial avec une porte en bois de rose à la déco un peu kitch, aux peintures fraîches et neuves, bricolage maison où on ne manque de rien. L’accueil y est super et la cuisine familiale » dixit le Routard. Alors, qu’est-ce qu’on attend pour y aller ?
« Sona Tourist Home, please »
Lorsqu’on frappe à la porte. Une vieille dame et sa fille supposée viennent nous ouvrir. Elles nous font entrer dans leur salon, sur lequel veille un énorme portrait de Jésus entouré d’une guirlande électrique de Noël. On hésite un peu « c’est bien là Sona Tourist Home ?
- yes, yes, come ! »
La dame âgée nous fait visiter une chambre avec deux lits, deux armoires et deux crucifix, puis notre salle de bain privée qui en fait une cabane au fond du jardin. Je crois que l’on s’est faites avoir. Soit par le chauffeur du rickshaw, soit par le Routard qui s’est encore une fois un peu emballé. Céline est persuadée d’être chez des gens et non, dans un hôtel. Il faut partir. Sauf que le rickshaw n’est plus là. Alors… restons. On s’assoit dans les fauteuils du salon. Jésus, Sainte Bernadette et Saint Georges veillent sur nous. Pour la déco, ils n’ont pas menti. Pour être kitch, c’est kitch ! Soudain, c’est l’invasion de moustiques. On n’est quand même, faut pas oublier, au beau milieu de marais. Les moustiques s’en donnent à cœur joie. Heureux de sentir de la chair fraîche (plus trop quand même) et tendre, ils nous dévorent. Vite l’Odomos (crème miraculeuse anti-moustiques indienne) et un pantalon long.
Pendant ce temps, la vieille dame nous a préparé un plat de pâtes avec du ketchup…cuisine familiale ??? Le plat avalé, on espère un dessert. Un vieux monsieur arrive (sûrement le monsieur de celle qui nous a reçues) Il nous pose quelques questions. Isa lui demande un dessert. Il revient avec 5 bananes. Deux minutes plus tard, il revient à nouveau avec cette fois deux cahiers. Il nous les tend et nous demande de les lire. Peut-être que nous allons avoir après une interrogation écrite. Vite révisons ! Si tout est en anglais, on est foutues. Ouf ! Sauvées ! Ces deux cahiers sont en fait deux livres d’or dans lesquels nos prédécesseurs ont écrit leurs remarques sur cette résidence et leurs occupants. Beaucoup de passages sont en français, j’en conclus que beaucoup de Français sont passés par là et que beaucoup de Français mais aussi des Belges et des Suisses lisent et suivent le Routard à la lettre…bonjour les sentiers battus !
Selon les messages, le monsieur s’appellerait Joseph et il serait prêt à tout pour nous aider et nous indiquer des coins secrets magiques à Allepey : suffit de le lui demander. Quelques minutes plus tard, arrivent deux Français : un couple…Joseph s’assoit avec eux et leur raconte des anecdotes. Je tends l’oreille, essaie de suivre les histoires mais j’ai quand même du mal à tout comprendre pour cause de lacunes en anglais qui me poursuivent depuis le collège. Soudain, à 22H00 précise, il s’arrête. Il se lève et nous remercie. Il s’approche de la télé et l’allume. C’est le signal pour le reste de la famille. Ils sortent de la cuisine. Le fils, la belle fille, la mère et Joseph s’installent et regardent religieusement une émission de téléréalité indienne. Le silence est de rigueur. Je décide à mon tour d’aller me coucher. Céline et Isa ont depuis longtemps déserté le salon et lisent chacune dans leur lit. Je m’installe. La mère revient et nous place des moustiquaires sur nos couches. On se croirait dans des lits de princesses, le prince charmant en moins !
Une journée au paradis
« Chacun trouve son truc au paradis » Sri Isabela.
Le matin, on découvre le paysage ; hallucinant ! Cocotiers, falaises, océans, aigles… Epoustouflant ! En plus, y a des boutiques partout. A trois, on forme le trio de marchandage imbattable. Chacun son rôle : moi qui hésite, ma mine triste, déçue ; Céline qui fait baisser les prix en les tapant sur la calculette et Isa qui fait la gueule, style « C’est trop cher, on s’en va ! » Et ça marche du tonnerre, sauf qu’il y a que moi qui achète, comme à chaque fois.
On marche jusqu’à la plage ou du moins, on descend la falaise, en tongs : exercice extrêmement dangereux, sensation garantie. Une fois sur place, on ne peut pas se baigner, pour deux raisons :
1- les courants sont trop forts
2- on doit enfiler les maillots sur la plage sous les yeux ébahis d’une trentaine de jeunes indiens qui n’attendent que ça !
On renonce.
15H00, départ en taxi pour l’inconnu. Nous voilà, à nouveau à bord d’un Ambassador, toujours la classe ! Varkala est un gros village, merveilleux. Il y règne une atmosphère paisible au milieu d’une forêt de cocotiers. Puis nous voilà arrivées aux pieds de La Bête ou plutôt, de trois bêtes, trois éléphants ! Eléphant d’Asie nous précise en experte Isabelle. Bien vu ! On grimpe sur une passerelle comme celles dans les aéroports pour monter dans les petits avions mais nous, c’est pour grimper sur un éléphant. On enfourche notre nouvelle monture. Alignées les une derrières les autres, on sourit pour la photo, mais on est légèrement crispée. Je le caresse, drôle de sensation. Puis il avance, lentement, un pas après l’autre, mais sûrement ! On se balance. Dans la rue, les gens rient, les enfants nous saluent. Je crois que l’attraction, c’est plutôt les trois touristes qui se mitraillent en photo plutôt que le pachyderme. C’est magique, un rêve de gosse ! Merci Céline d’avoir proposer cette excursion.
On redescend sur terre et on repart terminer nos emplettes du matin. Encore une fis, c’est moi qui achète le plus : l’excédent de bagage est certain maintenant !
Le soir, on se pose comme la veille, au bar d’Elvis. Il est toujours là, toujours aussi charmant…Ah !(Soupir). Passons la commande :
« Pour moi, euh…euh…à …non…ça sera… » Je suis troublée. A force, je finis par commander un plat de pâtes, évitons d’être à nouveau malade, en cas de...rechute ! Il repart avec notre commande. On commence à attendre, pas de problèmes, je suis super entraînée maintenant ! Elvis revient ! Ah (Resoupir !) Céline lui demande de nous prendre en photo. Nous, c’est nous trois. Mais, Elvis est joueur et il feind de comprendre lui et moi. Moi et lui, lui et moi…l’Aventura, c’est la vie que je veux mener avec toi ! Je souris bêtement ; normal, vu la situation, résultat photo ratée. Comme on n’a toujours pas notre photo à trois, Isa se lève et va demander à un couple d’européens assis à côté de nous. C’est ainsi que nous faisons la rencontre de Ludovic et Nathalie. Ils nous demandent en français, s’ils peuvent se joindre à nous. Il n’y a pas d’hésitation à avoir ; on sait à l’avance que le service va être long, cela nous fera patienter. La discussion commence et très vite, nous nous apercevons que nous avons à faire à deux extraordinaires personnages. Chacun joue dans une catégorie différente mais chacun atteint des sommets dans la sienne. Je ne veux pas porter de jugement. Je sais que chacun est différent et que l’on ne doit pas s’en étonner, mais, là, difficile de faire autrement. Commençons par Nathalie.
Déjà, elle ne semble pas du tout perturber par le fait que sa longue robe blanche est ensanglantée, à un endroit qui nous indique avec certitude qu’elle est réglée. Elle regarde la tâche et nous sourit en haussant les épaules. Bon, après tout, un accident ça peut arriver ! Passons. Puis, elle nous explique qu’elle vient de passer un mois dans l’Ashram de Sri Ama. Là, elle s’est découverte et mis en accord avec son corps. Elle a rencontré la Mère, dit Ama, qui l’a pris dans ses bras. Depuis, elle entend sa voix dans sa tête qui la guide à chaque décision. Bon, je veux bien la croire mais…je reset sceptique quand même ! A l’Ashram, elle a rencontré un indien qu’elle va épouser. Oh ? C’est une agence matrimoniale ? Et comment on fait pour y aller ? Le mariage aura lieu le mois prochain dans le village agricole de son mari, au bout du monde où elle ira désormais vivre. Bof ! Finalement, je vais encore un peu réfléchir, je n’suis pas si pressée ! Elle nous explique ça avec un tel Rayonnement. Elle aussi ! Elle est sur une planète à des milliers de Km de la mienne mais la rencontre et la discussion sont passionnantes, d’autant qu’elle semble avoir gardé une certaine lucidité. Isa a trouvé son modèle !
Maintenant, passons à Ludovic. Alors, lui, c’est un autre tableau. Ils ne sont pas vraiment ensemble. Ils se connaissent depuis hier soir. C’est un canadien qui a vécu un peu partout. En France, notamment il est passé par Montpellier qui est selon lui « une ville de loubards » ??? Il est aussi resté un temps aux Etats-Unis où il a escroqué plus ou moins des gens en bourse. Depuis, il vit sur les revenus que lui a donné cette affaire et ne veut surtout pas quitter l’Inde où il peut vivre en véritable Seigneur en dealant différentes substances aux jeunes indiens qui défilent autour de nous depuis le début de la soirée. Pour couronner le tout, il est à son dixième litre de bière Kingfisher Premium 8,5% d’alcool. Et, il parle et il parle, de lui et de ses combines. Ses propos me dégoûtent. C’est un véritable facho raciste, qui ne se cache de vouloir vivre en Inde parce qu’ici, c’est plus facile de vivre, sans rien faire, en profitant de la misère humaine. Qu’est-ce qu’il fout Elvis avec mes pâtes ! Y en a marre maintenant ! Deux heures qu’on attend !!! Une fois le plat principal avalé, le dessert mais une heure encore à être servi. Une simple Fruit Salad, c’est pas compliqué à faire, non de non ! Je vais finir par y aller moi-même. Bing ! Coupure d’électricité ! Le restau est plongé dans l’obscurité. Un anniversaire ? Non, pas d’électricité tout simplement parce que les gens des villages voisins ne supportent pas que la côte ait des touristes. Alors ils sabotent les compteurs électriques. En même temps, quand j’entends Ludovic débiter ses conneries, j’ai envie de les soutenir. Tiens, je vais le bâillonner et le ficeler sur sa chaise ! Elvis revient avec le dessert. Son sourire me console un peu mais j’ai qu’une envie maintenant, rentrer à l’hôtel et quitter demain cette station touristique.
Maintenant, Ludovic nous refourgue ses bons plans. Il fait venir un ami qui veut nous vendre une croisière sur les backwaters demain. Pas question ! Nathalie s’y met et veut jouer les entremetteuses entre Elvis et moi. Non, merci ! Je ne sors pas d’une Ashram moi alors j’ai encore la tête sur les épaules ! Allez, payons et cassez nous ! Mais la note n’arrive jamais. Isabelle intervient, endossant encore une fois, rôle de cliente autoritaire, elle coince Elvis (attention quand même de ne pas lui faire mal) et lui ordonne « The bill » ou la vie ! Il cède, le cœur gros. Les adieux sont brefs et déchirants. Non, en fait, je suis trop contente de rentrer à l’hôtel.
Arrivée devant le portail, le gardien dort profondément sur sa chaise. On l’appelle mais rien à faire. Je passe ma main entre les grilles et attrape le fermoir. Le portail déverrouillé, on entre à pas de loup comme des voleurs qui viendrait se voler eux-mêmes. Le gardien continue à ronfler. Le fou rire nous prend. Céline, toujours prête à faire un cliché original, le prend en photo. Rien à faire, il dort comme un bébé. A notre tour de l’imiter. Nous pouvons dormir sur deux oreilles ; nous sommes bien gardées !
Trivadrum, capitale du Kérala, abritant des milliers d’habitants et réputée pour…pour… ? Le tour sera vite fait !
Pour commencer, on va prendre un vrai petit déjeuner européen. Mon ventre va mieux, je sens que je vais dévorer. Mon élan retombe vite lorsqu’on nous sert du lait chaud avec les corn flakes, un café au lait ultra sucré et des toasts grillés avec une sorte de margarine sucrée. Heureusement, le jus d’orange fresh est délicieux mai très vite le mal de ventre reprend. Je me suis un peu emballée !
Expédition pour changer les traveller’s check : un casse tête ! On trouve enfin la banque qui voudrait bien nous les échanger, du moins c’est ce qu’on croit ! Isa et moi, on nous amène dans un bureau isolé aux vitres teintées. Céline n’a pas été autorisée à rentrer, elle reste dans le hall. Un policier arrive, le fusil sur l’épaule. Il nous regarde dans le détail et nous demande « d’où on vient et où on va ? » Puis, il ressort en fermant soigneusement la porte derrière lui. On reste seules un moment dans le bureau, on se regarde, en se demandant si on ne ferait pas mieux de partir discrètement, sur la pointe des pieds. Soudain, le policier revient. Il fronce les sourcils. Ce n’est pas bon signe ! Verdict : ce n’est pas ici qu’ils vont nous les échanger. Il nous montre la porte en nous faisant un signe de la tête. On erre dans la ville, hyper polluée, à la recherche dette foutue banque. Les personnes à qui on s’adresse, nous envoient, d’un côté, puis de l’autre, mais ce n’est jamais le bon endroit. On finit par payer un rickshaw.
A la banque, c’est un peu comme à l’ambassade, faut être patiente. 3 employés sont nécessaires pour nous servir et nous donner les 51 billets de 100rps à chacune : une qui écrit notre signalement dans un registre, à la main, une autre qui vérifie et donne son aval à la troisième qui est enfermée dans un tout petit guichet. C’est elle qui compte les billets un à un. Enfin, on finit par toucher le jackpot !
Il est déjà midi quand on arrive devant le palais en bois sculpté d’un maharadja Puthen Maliga Palace Museum. Superbe ! Jardin calme et reposant. A 13H00, le palais ferme ses portes, le guide nous montre le chemin de la sortie, non sans avoir au préalable demander un petit pourboire supplémentaire au premier déjà versé.
A la sortie du musée, petit tour au temple mais cette fois, on n’a pas le droit d’y entrer si on n’est pas hindouiste. Tant mieux car je sature un peu. A la place, on fait un peu de shopping. Achats obligatoires : tongs top tendance en plastique pour Céline et un parapluie pliant noir pour moi, très pratique en cette période de Mousson.
Après un rapide passage à l’hôtel de luxe, léger arrêt restaurant, on part pour Varkala, en bus ! Sac à dos sur le dos, chargé à bloc, je marche d’un pas décidé vers le bus stand. Je marche sans prêter davantage attention à ce qui m’entoure. Voilà plus d’une semaine que je suis en Inde et je réalise que petit à petit, je me suis en train de me familiariser avec ce pays. Je me sens plus à l’aise et plus détendue. Soudain, j’entends une voix :
« Fanny ! Fanny ! »
Qui m’appelle ? Qui pourrait bien me connaître ici ? Je cherche dans la foule qui se presse autour de moi un visage qui me serait familier et là, de l’autre côté du trottoir, me faisant des signes, le sourire de plénitude jusqu’aux oreilles, j’aperçois la chanteuse du train. Dans la voiture, affalé sur la banquette arrière, le sri musicien nous sourit. Il rayonne, si zen, si plein de joie…je me sens à mon tour transportée. Je jette un œil à Isa et Céline. Elles rayonnent elle aussi.
On arrive, à la gare routière, rayonnantes, sur notre petit nuage. On redescend bien vite quand il s’agit de trouver le bon bus qui partirait pour Varkala. C’est la panique, tout le monde pourtant s’y retrouve, sauf nous ! A force de questions, on finit par trouver le bus qui va nous amener à Kalambalam où là, on devra changer, de bus pour Varkala ! Pas évident, surtout quand il faut sortir du bus chargé à bloc avec nos énormes sacs.
Arrivées à Kalambalam, il pleut. On saute dans le deuxième bus, en passant à travers les gouttes ! Mais une fois sur place, reste à choisir l’hôtel. On fait pleinement confiance au chauffeur du rickshaw qui nous mène d’un bout à l’autre de la ville. Il fait nuit noire ; les rues sont plongées dans l’obscurité car l’électricité a été coupée. On arrive devant un hôtel, inscrit dans le Routard. Malheureusement, il est en travaux et ne put nous héberger. Deux jeunes indiens veulent nous proposer de loger dans leur maison familiale. Je les suis seules, dans leur maison, laissant Isa et Céline avec le rickshaw. Soit je suis complètement inconscientes, soit, je suis plus décontractée et je fais davantage confiance aux gens. Après tout, jusqu’ici, on a rencontré que des gens toujours prêts à nous rendre service. Pourquoi cela changerait ?
Et pour une fois, je ne me suis pas trompée. Je visite la chambre qui est des plus rudimentaire. Comme nous voulons restées quelques jours ici, je préfère avoir un minimum de confort. Au moins une douche. Alors, je refuse et pars retrouver mes deux complices. Elles m’attendent patiemment avec le chauffeur du rickshaw. Les propriétaires de l’hôtel nous saluent gentiment et nous proposent même de revenir demain : une chambre sera prête pour nous. Mais, nous arrêtons notre choix sur le Thiruvambadi Beach Retreat : un petit paradis au milieu des cocotiers et à deux pas du rivage. Taux d’humidité 200% !
Le soir, on veut aller manger à un restau pas trop loin. Un jeune homme nous escorte avec une lampe torche. Rien n’est éclairé, on marche à tâtons, au bord de la falaise rudement escarpée. On le suit aveuglement, le retour s’annonce difficile, surtout sans lampe. On arrive à un restau, très touristique, très station balnéaire, avec …Elvis, le serveur charmeur, même pas moustachu, même pas rondouillet et si souriant. Ah !!! Je le ramène en France et je l’adopte. Elvis ! Ah ! Elvis Etrange prénom pour un indien, non ? Ne se moquerait-il pas un peu de moi ? On quitte le restau vers minuit. Le service est un peu long, mais ce n’est pas grave car je pardonne tout à Elvis. Je lui promets de revenir demain. Le retour à l’hôtel est périlleux ; plus de lampe cette fois, plus de guide, deux fois plus de temps pour revenir. Après un bonne douche, je rejoins mon lit et m’endort en pensant à …Elvis !
Ouf ! Ce matin, ça va mieux ! J’ai pu avaler un petit café et deux biscottes : un festin !
Le taxi devrait venir nous chercher à 8H30. Devrait, car étant donné l’épisode fâcheux de notre arrivée à Madras, je reste sceptique.
J’ai bien fait de me méfier, car il est arrivé avec un quart d’heure de retard. Le train part normalement à 10H00, mais il faut 1H00 pour aller à la gare. Ne traînons pas, juste le temps de prendre une photo devant notre magnifique taxi Ambassador blanc, aux vitres teintées, sorti tout droit de l’époque coloniale.
9H20 nous sommes encore dans le taxi et loin de la gare ; la circulation est dense. Il faut agir. Isa, d’un ton princier, s’adresse à notre chauffeur : « Quick ! Quick ! » Aussitôt, il s’exécute et fonce évitant les piétons et slalomant entre les camions et les bus. Céline, qui est devant, arrête soudain de nous parler…elle se cramponne au fauteuil tout en priant Ganesh qui est collé sur le tableau de bord, entre la Vierge Marie et Bouddha. 9H45, nous sommes larguées sur le quai de la gare : nous avons bien fait de nous presser car le train a trois quart d’heure de retard…normal.
C’est parti pour treize heures de train climatisé. Les paysages défilent, toujours surprenants, à une allure paisible. Vitesse de pointe : 90Km/H…ça laisse le temps de voir le paysage et d’écrire. Je m’appuie sur une tablette et sors ma trousse d’écolière ; à l’intérieur, un paquet de bidees acheté sur un coup de tête à Mamallapuram. Deux policiers en uniforme passent et voient le paquet en question. Ils s’arrêtent net :
« C’est à vous ce paquet ?
- Yes.
- Vous fumez ?
- Euh…
- C’est pour quoi faire ?
- Pour goûter juste.
- C’est interdit, vous savez ?
- Euh…mais c’est pas vraiment à moi … » Trop courageuse !
L’interrogatoire continue :
« Vous allez où ? Vous venez d’où ? Vous voyagez seules ?... » Les questions fusent mais changent d’orientation. Je ne vois pas la tactique d’approche venir.
« Etes vous mariée ? Célibataire ? Vos copines aussi ? » Yes ! Ils repartent mais je crois qu’ils vont repasser.
Ils ne sont pas revenus. Le trajet dure, dure, encore et encore. On passe le temps comme on peut. On mange, sans grand enthousiasme, les plats supers épicés préparés dans le train. Je me contente d’un peu de riz. Vers 16H00, un couple s’installe en face de moi. Le monsieur porte une longue tunique blanche. Son crâne est dégarni mais sa nuque est recouverte par une abondante chevelure noire, légèrement ondulée, qui lui tombe sur les épaules. Il s’affaisse complètement sur les banquettes, en mettant en avant son ventre proéminent, qui trahit sa gourmandise. Quelques minutes s’écoulent. Je continue ma lecture. Il me semble soudain entendre quelqu’un chanter ? Je lève les yeux vers mes voisins qui entonnent un petit air, en se souriant mutuellement. Je regarde Isa : étrange, non ? Le voyage se poursuit. 17H00, c’est l’heure du goûter pour notre couple. Ils sortent des gâteaux bien gras emballés dans du papier d’alu. Ils nous en proposent gentiment. On refuse poliment. Ils continuent à chantonner et à se sourire amoureusement. Puis, la dame s’approche de moi et commence à me demander les habituelles questions de présentation. Je lui retourne l’interrogatoire. Elle est ravie. Elle semble n’attendre que ça. Elle nous explique qu’elle et son mari sont un duo musical pour l’Ashram de Sri Sri Ravi Shankar à Bengalore. Elle est chanteuse et lui un musicien de grands talents. Il acquiesce de la tête en gardant sur son visage un sourire illuminé. Voyant que je ne sais pas qui est Sri Sir Machin… elle sort de son sac des dépliants sur l’Ashram de ce gourou. Elle nous montre toutes les activités qu’il est possible de trouver au centre. Isa est très à l’écoute…ça a l’air d’être une sorte de centre de vacances un peu spéciales où on se rend pour élever son âme. Le monsieur veut nous convaincre. Il nous explique en quelques mots la philosophie de Sri Sri : c’est, si j’ai bien compris, le savoir de soi qui permet le rayonnement de son cœur et de l’esprit…enfin, un truc dans ce style…il appelle ça « l’Art of Living ». Il nous dit ces mots avec un tel enthousiasme. Ses yeux tournent, son sourire illumine son visage, il rayonne et nous amène avec lui. Isa est à deux doigts de se convertir !
Le voyage continue avec nos deux fidèles. Ils vont eux aussi à Trivandrum, assister à un colloque de leur Ashram. Par moment, ils se remettent à chanter. Alors, j’essaie de me joindre à eux. J’essaie de leur apprendre une chanson que j’ai apprise aux élèves durant cette année ; elle s’appelle Indian Train et une succession de syllabes qui imitent le train (chanson de circonstances !)
23H20, nous arrivons enfin à Trivandrum…La gare est plongée dans l’obscurité. Il pleut à torrent. Il est temps de sortir mon poncho de pluie. Cette fois, je suis sûre de l’avoir pris car, dans le Kérala, on nous a prévenu que c’était la Mousson. Donc, je sors mon équipement, très fière de moi. J’ouvre l’étui qui le renferme et là, je m’aperçois que ce que je croyais être un KWAY est en fait, une housse de sac à dos ; housse que j’ai déjà ! Je suis dégoûtée. Pour couronner le tout, je viens à l’instant de marcher dans un bel excrément déposé sur le quai et qui, malgré sa taille conséquente, n’est pas celui d’un éléphant, mais celui d’un être humain : charmant ! C’est dommage, car soi-disant, quand on marche dans une bouse d’éléphant, ça enlève tous les problèmes de rhumatisme et d’articulations.
On cherche l’hôtel, l’eau jusqu’aux chevilles. Je n’ose pas penser aux égouts qui remontent et s’écoulent dans les rues. Des énormes rats se baladent sur les murs de la gare. J’n’ai rien vu, continuons. Trempées, dégoulinantes, nous pénétrons dans le hall du Highland Hotel. Je m’approche de la réception et demande la chambre que nous avons réservée ce matin par téléphone. Visiblement, ils n’ont aucune réservation qui nous concerne. J’essaie toutes les possibilités de nom, mais rien, il ne nous connaît pas. « Vous êtes sûre que c’est au Highland Hotel que vous avez réservé et non, au Highland Park Hotel, qui est de l’autre côté de la rue ? » J’ai un doute…Je regarde le Routard et effectivement, nous ne sommes pas dans le bon hôtel. Je sens mes joues s’enflammer. Euh…en effet, excusez-nous…euh…merci, au revoir…On quitte le hall, en laissant derrière nous, sur le sol, d’énormes flaques d’eau souillée.
Enfin, il est près d’une heure de matin lorsque nous regagnons chacune notre lit, douchées, séchées, de notre chambre. Des habits sont suspendus un peu partout sur des étendoirs improvisés. Après cette arrivée musclée à Trivandrum, le sommeil ne tarde pas à venir et nous plongeons, toutes les trois, dans les bras de Sri Sri le musicien qui nous hypnotise avec son rayonnement spirituel.
Réveil apocalyptique : 3 heures de sommeil au total pour cause de dérangements gastriques persistants. Lorsqu’on descend au restaurant de l’hôtel pour déjeuner, j’ai la tête dans le brouillard. Les odeurs de cuisine me donnent la nausée. Comme la veille au soir, nous sommes les seules. Le petit déjeuner se limite à un toast, sans beurre ni confiture.
Le ventre plein, j’enfourche mon vélo de location. Nous partons dans les rues animées de Kanchipuram à la recherche de la maison typique tamoule, conseillée par Florence. Impossible d’avoir un renseignement en anglais. Aucun panneau ne sont là pour nous donner quelques indices. Isa me suit, confiante ; la spécialiste des plans et des guides, en général, c’est moi. Mais, j’avoue que j’ai un peu de mal. Le plan que j’ai sous les yeux m’indique deux ou trois artères principales alors que dans la réalité, les rues fourmillent de part et d’autre, sans nom, bien sûr ! La ville n’est pas une destination touristique pour les Européens, du coup, on a encore plus de mal à trouver quelqu’un qui comprendrait quelques mots d’anglais. Finalement, je ne sais par quel miracle, on finit par trouver ce qu’on cherchait : Kanchi Kudil. C’est le premier endroit que nous visitons qui a été spécialement aménagé pour les touristes. C’est une maison qui présente la façon de vivre dans une famille tamoule. C’est très intéressant, il y a une guide qui nous explique l’usage de chaque pièce. C’est d’autant plus intéressant que ce n’est ni dans le Routard, ni dans le Futé et qu’ils ont aménagé des toilettes super propres. Heureusement !
On continue la visite de Kanchipuram, en se rendant au temple de Karlanshanata. Désormais habituées au cérémonial, on gare les vélos, on se déchausse et on entre dans l’enceinte en commençant par la gauche…De nouveau, un prêtre nous fait signe de le suivre et nous …le suivons ! Toujours la même chaleur humide, les mêmes odeurs, l’obscurité et …donner des roupees ! A la sortie, un très vieux mendiant, tenant péniblement sur ses deux jambes squelettiques, nous suit en tendant sa main. Il prononce des paroles incompréhensibles, mais il n’est pas nécessaire d’avoir inventer la poudre pour comprendre qu’il veut de l’argent. Je trace. Par contre, Isa commet l’imprudence de se retourner et de le regarder. Prise aux tripes, elle craque. Elle ouvre son porte-monnaie, mais comme elle n’a que des billets, elle lui donne direct 100 rps, ce qui est énorme pour lui ! Il la remercie chaleureusement ! Tu m’étonnes !
Nous avons le bus pour Pondy à 13H00, du moins c’est qu’on a compris ? Dernier passage au Baboo Soorya Hotel pour récupérer nos affaires. Les employés de 14 ans sont tous occupés à nettoyer des sols ultra propres de ce palace fantôme où nous sommes visiblement les seules clientes ???
12H30- Nous allons rendre nos bicyclettes. Nous retournons à la station de bus, noire de monde. Nous arrivons face au regard intrigué des loueurs de vélos mais voilà, qu’au moment de descendre, j’attends Isabelle crier. Mais que se passe-t-il ? Je me retourne et je la vois figée sur sa selle. Je lis dans ses yeux une angoisse terrifiante ; elle est bloquée, son pantalon est coincé dans les ressorts de la selle. Telle Pamela Anderson, je vole à son secours, la poitrine et la bouée en moins. J’essaie de désincarcérer la toile prise dans le mécanisme. Doucement, je tire dessus. Le tissu ne bouge pas d’un poil. Alors, je tire plus fortement : Crac ! Le pantalon se déchire. Certes, elle peut enfin se dégager, mais elle doit faire désormais avec un trou juste au dessous des fesses. Autant dire que cette scène suscite autour de nous rires et moqueries. Moi-même, j’ai du mal à retenir mon fou rire. Isa, elle, est totalement dégoûtée et ne semble pas partager la même joie !
Deuxième miracle de la journée, on retrouve le bus pour Pondy. Etant donné la panique générale dans la gare, c’est une réelle chance. Heureuse d’avoir réussi cette épreuve, je suis alors prête à tout accepter : le bus ! Quel bonheur ! Nous sommes ballottées, serrées contre les aisselles des passagers qui s’agglutinent, la radio nous crie dans les oreilles les tubes bollywoodiens du moment, dehors les cris et les klaxons accompagnent la mélodie, à l’intérieur, personne ne parle. Bon, en même temps, c’est impossible de s’entendre car si la radio est si forte, c’est en fait pour couvrir le bruit du moteur. De plus, pour couronner le tout, j’ai oublié de mettre un soutien gorge. Entre ça et mon alimentation depuis trois jours, à la fin du séjour, je ressemblerai à une tige avec les fesses aplaties par les banquettes des bus et les seins descendus jusqu’aux genoux !
15H40- Soudain, on nous fait descendre du bus. Sèchement, on nous dit qu’il faut changer de bus pour aller à Pondy. Du moins, c’est ce qu’on comprend. On sort et on suit le flot des passagers. On traverse une voie ferrée pour se retrouver au milieu de bus qui partent on ne sait où ? Tout est écrit en tamoul. Certains nous font des signes, d’autres nous parlent rapidement et nous tirent par le bras jusqu’à un bus. Avec nos sacs sur le dos, nos cheveux blonds perdus dans la foule, nous faisons peine à voir. Que faire ? Bon, on verra bien, montons dans ce bus.
1H30 – plus tard, il semblerait que nous sommes revenus au bus stand de Pondichéry. Ne me demandez pas comment on y est arrivées, j’en sais rien…l’essentiel, c’était de revenir à Pondy et d’avaler la boîte d’Ercéfuril !
Arrivées chez Florence et Yves, nous racontons nos aventures. Epuisée, je déclare officiellement, que je ne prendrai plus de bus si le temps de trajet dépasse les 2 heures. C’est là, qu’ils décident de nous annoncer que le départ pour le Kerala est demain matin. 13 heures de train nous attendent. Comme mon visage se décompose, ils essaient de me rassurer en m’affirmant qu’il y aura des couchettes, la clim et une restauration ambulante. « Ouais…je veux bien vous croire… » Nous faisons la connaissance de Céline. Notre nouveau compagnon de galère. En me voyant, dans cet état décomposé, je ne suis pas sûre qu’elle ait envie de partir demain pour 7 jours dans le Kerala avec moi, alors je m’efforce de paraître sûre de moi et sereine.
Le soir arrive, c’est l’heure d’aller manger : le cauchemar pour moi. On va dans un restau français plutôt chic et agréable. Je devrais être soulagée, peut être vais-je enfin réussir à avaler quelque chose…Je commande sans grande conviction une purée de pommes de terre, mais elle ne passe pas. Je suis mal et j’ai le blues : je veux ma maman ! Je veux qu’elle vienne me border, en me tendant une infusion au thym, dégueulasse, mais soit disant très efficace !
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